Tabasser le tabac

Nombreux sont les sujets d’actualité en ce début d’année 2014, dont le plan Cancer. Et dans ce plan Cancer, une grande part de discussion et de débat radiophonique se pose sur la lutte contre le tabagisme. On y parle d’augmentation du prix du tabac, qui à elle seule n’est pas une mesure suffisante, on y parle de la parité homme/femme (Youpi !!! enfin youpi si ce n’était pas sur ce sujet), d’images chocs qui ne marchent pas non plus, du fait qu’il faut mettre le prix dans la dépense pour la prévention.

Tout ça est bien beau. Je vois des patients fumeurs qui viennent pour pneumothorax, des patients de 60-70 ans qui viennent pour une détresse respiratoire qui décompense  une BPCO, des patients de 50 ans à qui on découvre un cancer du poumon parfois métastasé ce qui baisse considérablement l’espérance de vie de ces derniers. Toutes ces pathologies pourraient vous faire réfléchir, mais pour la plupart la question ne se pose pas. L’arrêt du tabac ne semble pas être une option, et ça me révolte.

Je ne vous parle pas de ces patients qui empestent le tabac à tel point que j’ai l’impression de me prendre un paquet dans les bronches à chaque inspiration à leur côté. Autant vous dire que mon examen clinique se fait le plus bref possible tout en restant exhaustif. Ah ça racle la gorge c’est affreux! Et mon job c’est de les aider à mieux respirer, à passer le cap. Alors que je sais très bien que dans quelques jours, ils retourneront à leur train-train la clope au bec, détruisant tous mes efforts de quelques heures.

Je vous ai déjà dit que ma "vocation" de médecin a du naitre dans mon enfance? Mon grand-père avec qui je passais des moments merveilleux, des balades, des constructions de maquettes d’avion, les jardins de Versailles…tout ça a disparu la veille de mes 14 ans. A cause de quoi? Le tabac bien sûr, une bonne odeur de pipe, mais le cancer toucherait un fumeur sur deux…en voilà un. Et puis 2013 est passée par là. Elle a emporté de nombreux membres de la famille, des cousins de ma mère que je ne connaissais pas mais pas seulement. 2013 a aussi eu mon oncle, un fumeur invétéré. On avait beau lui dire qu’il fumait trop, qu’il faudrait qu’il arrête…rien n’y a fait. "Il a joué, il a perdu".

Le pire, c’est qu’on voit nos proches diminuer petit à petit, jusqu’à ce que la gène respiratoire soit trop importante. Chaque inspiration devient un enfer pour eux. On pourrait croire qu’on se prépare mentalement petit à petit. On se cache dans le boulot, on a tellement à faire, tellement de gens à soigner qu’on ne prend même pas le temps de pleurer leur mort. Jusqu’à la cérémonie, sur le repos de garde. Le manque de sommeil, la route et la surcharge de travail pour ne pas penser, en cumulé j’ai pleuré comme une madeleine.

Je suis médecin, mais infichu de réussir à empêcher mes proches de se tuer à petit feu. Qui sont ces magiciens, ces addictologues qui arrivent parfois à des miracles? Comment voulez-vous que j’arrive à tabasser le tabac?

Aidez-nous, aidez-vous ! Arrêtez de fumer ou aidez vos proches à arrêter, ça évitera de longues journées de souffrance.


… et bonne année!

Le semestre aux urgences c’est prenant. Le semestre aux urgences au CHU c’est très prenant, mais passionnant! Le recrutement est grand, ce qui nous permet de voir des pathologies bénignes qui auraient pu être traitées en ville, et des pathologies plus sérieuses qui peuvent engager le pronostic vital. Et il est évident que ça ne s’arrête pas avec les fêtes de fin d’année.

Jasmine 25 ans a accouché d’un joli petit garçon il y a quelques mois. Déjà pendant sa grossesse elle se plaignait de douleurs abdominales, probablement des maux bénins liés à la grossesse…probablement. Mais après l’accouchement, les douleurs sont toujours là jusqu’à ce qu’elles s’intensifient. Arrivée aux urgences, vraiment pas fraiche! Une belle image au scanner d’un pancréas oedématié avec un épanchement péritonéal, une lipase à 3500…bref, nous voilà devant une pancréatite aigue sévère, un séjour en réa sans savoir à ce moment là comment évoluera la situation. [...et Bonne année!]

Michelle 65 ans a des céphalées depuis quelques temps, par intermittence. Elle vient aux urgences après 2 épisodes convulsifs en moins de 24h : un épisode le soir, un autre dans la journée. Elle avait déjà eu des épisodes neurologiques avec une paralysie faciale il y a quelques années sans étiologie retrouvée à l’époque. Une batterie d’examen plus tard, un scanner cérébral et nous voilà devant une belle image dévoilant un volumineux méningiome, un petit séjour en neurochirurgie quelques minutes avant minuit. [...et Bonne année!]

Karim 25 ans vient pour des douleurs thoraciques depuis 2 jours. Bon les douleurs thoraciques chez les jeunes, normalement ça limite pas mal les diagnotics. L’ECG n’est pas tout à fait normal : un petit sous décalage du PQ peut-être, une repolarisation un peu raide…L’interne de cardio passant par là, je profite pour avoir son avis, la description de la douleur évoque plutôt une péricardite mais je préfère avoir son avis. Une échographie de débrouillage : pas d’épanchement péricardique, un coeur qui bat bien dans son ensemble. La biologie tombe un peu plus tard : troponine 4ng/l (norme <0,04), des CPK au plafond. Une jolie myocardite pour un séjour en cardiologie [...et Bonne année!]

Et je ne peux vous parler de ceux dont je ne me suis pas occupé mais qui sont passés par chez nous :

Luc qui s’est fait arraché l’oreille par le copain d’un copain avec les dents. Pas juste un bout arraché, on parle vraiment de toute l’oreille. D’ailleurs on ne sait toujours pas où est passé cette oreille. Pas mal de douleur, un traumatisme psychique important. [...et Bonne année!]

Mat qui est venu en état d’ébriété visiblement avec un traumatisme de la main, peut-être drogué aussi. Il s’est énervé sur sa petite amie, puis sur l’aide-soignante qui a voulu protéger la pauvre petite. L’externe a failli s’en prendre une aussi. Je n’ai pas réussi à le calmer non plus en discutant. Il a donc fallu l’intervention des agents de sécurité, des infirmiers de psychiatrie, de l’intervention d’agent de police pour pouvoir "calmer" Mat. [et pour l'équipe soignante...Bonne année!]


Rebelote.

J’ai commencé mon externat avec des gardes aux urgences traumatologiques. La traumato, j’adorais ça! Je voulais faire de l’orthopédie, alors la traumato c’était un peu l’antichambre d’un rêve. J’ai donc commencé mes gardes en trauma avec un de mes meilleurs amis de fac (et je ne dis pas ça parce qu’il est resté faire son internat dans la région avec moi [parce qu'on se voit très peu finalement à cause de la distance entre nos stages], ni parce qu’on a partagé des heures/des jours à s’occuper d’une photocopieuse). On a appris à faire nos points de suture sur des patients ensemble.

La encore, ce fut notre prédécesseur au bureau étudiant qui nous a tout enseigné sur cette première garde (ambiance carabine qui peut être décriée mais des valeurs de traditions et de partage qui me sont chères). Il nous a montré un point, tendu le porte-aiguille en disant "à toi!". Telle fut ma première expérience de suture aux urgences.

Et de suture en suture, nous avons progressé. Jusqu’à cet homme âgé, notre "pédale tourangelle" qui était venu pour une petite plaie au crane, rien de méchant. Rien de méchant sauf que la "pédale tourangelle" a voulu se lever…chose qu’il ne fallait pas faire seul. Il est tombé, il prenait des anticoagulants, il avait une peau très fine. Vous savez cet aspect en papier de cigarette. Et bien ça n’a pas loupé, papi "pédale tourangelle" avait une belle plaie du coude de 20cm très superficielle.

Croyez-le ou non, et ce n’était peut-être pas la meilleure chose à faire, mais avec mon meilleur ami nous l’avons suturé à deux. Le fil faisait par moment comme un fil de fer dans du beurre, mais nous avons rapproché les berges, fait de notre mieux. Nous avons passé au moins une heure sur ce coude. Nous avons fait nos plus belles armes avec la "pédale tourangelle". [Belote]

Quelques années plus tard, je suis interne de médecine générale. Et oui, il est loin le rêve de devenir orthopédiste. [vous pensez bien sûr que je dis ça parce que je n'ai pas eu le choix de toute façon, j'ai été mal classé, j'ai choisi cette spécialité par obligation...oui je n'étais que moyennement classé, et non c'est un choix la médecine générale] Je retourne aux urgences où j’ai fait mes premières gardes d’externe. J’ai donc passé du temps en traumato.

J’ai vu Ginette qui est tombée chez elle, qui a eu la présence d’esprit d’activer la présence verte. Cette présence verte qui peut sauver des vies quand le malade n’oublie pas de s’en servir. Ginette a la même peau que papi "pédale tourangelle", même type de plaie à quelques détails près. La plaie est très superficielle, au coude (le même côté d’ailleurs), mais avec une collection hématique sous la partie supérieure. Une grosse poche de sang qui s’écoule à travers la peau si fine. Mais cette fois, je ne l’ai pas suturé. Je laisse le tout cicatriser tout seul avec l’aide de pansements.

Comme quoi chaque cas est différent et dans des situations similaires et avec l’expérience, chaque prise en charge est unique. Ah et il ne fallait pas appuyer sur la collection de sang pour arroser son pantalon blanc propre d’il y a 1heure. [Rebelote]


Au revoir la patientèle

Voilà 6 mois passés dans ma campagne à faire mon stage de niveau 1 en médecine générale. Et en 6 mois, on apprend à aimer une patientèle, à apprécier et connaitre ses patients qui viennent tous les mois pour certains. Et au moment de terminer ce stage, je comprends ces médecins généralistes qui partent à la retraite et qui ne veulent pas laisser à l’abandon leurs chers patients. Bien sûr, je ne les laisse pas dans le cas présent, ils ont encore leurs médecins généralistes…pour 2-3ans.

En 6 mois, j’en ai accompagné des patients, des familles. J’ai suivi des nourrissons de quelques jours après leur naissance jusqu’à leur 6mois donc. J’ai appris à connaitre toute la fratrie se refilant les uns après les autres leurs virus. J’ai suivi des jeunes femmes au cours de leur grossesse ou dans les premiers pas de mère de famille. J’ai soigné les petits rhumes, découvert une fente palatine chez un enfant vu par un ORL et 2 pédiatres qui n’avaient rien vu, rassurer les parents inquiets sur le développement de leur enfant…

J’ai accompagné des personnes en fin de vie, en me rendant à leur domicile toutes les semaines parfois plus. Les accompagner psychologiquement, les accompagner physiquement. Plusieurs nous ont quitté, après plusieurs années d’évolution de leur maladie pour certains, quelques mois après un diagnostic pour d’autres.

C’est difficile de dire "Au revoir" à tous ces gens qui me demandent régulièrement si je vais remplacer le Docteur après.

Difficile de dire "Au revoir" à Lucienne qui vit seule dans sa maison, n’y voyant rien mais qui arrive encore à vivre sans aide humaine.

Difficile de dire "Au revoir" à Julien ce cinquantenaire ancien toxicomane qui se ballade la plupart du temps dans les rues de Petibourg, qui a toujours le mot pour rire.

Difficile de dire "Au revoir" à Jérome ce trentenaire qui est venu pour des problèmes de santé bénins, qui venait me dire quelques mots quand j’étais arrêté en voiture par les travaux effectués par ses collègues.

Je n’aurai pas à dire "Au revoir" à Lydie qui est partie trois mois après son diagnostic de cancer. Je lui avais dit qu’on l’accompagnerait : 3 mois à vivre c’est peu, 3 mois à souffrir c’est beaucoup. Sa famille a remercié mon maitre de stage, nous aurons au moins pu l’accompagner dignement.

Je n’aurai pas à dire "Au revoir" à tous ces patients qui sont venus à mes consultations puisque leur médecin était absent, mais j’espère avoir été à l’écoute et avoir pu répondre à leurs demandes.

Ce n’est qu’un Au revoir, la situation à Petibourg sera difficile et ils seront probablement PrivésDeMG dans quelques années si rien ne bouge, mais Petibourg se meurt. Pour ma part, que ce soit à Petibled ou Troupaumé je pense que dans quelques années j’apporterai ma pierre à l’édifice, et j’espère avoir la chance d’avoir une relation de confiance avec mes futurs patients. Mais pas demain, demain c’est direction les Urgences!

carter


Le Centre et la France bientôt #PrivésDeMG

Atlas de démographie médicale CNOM 2012

Atlas de démographie médicale CNOM 2012

Je suis interne dans une région jugée par le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) potentiellement en danger du fait de ce qui est appelé le "désert médical". Genre une des régions où tous ces départements ont une croix rouge sur la carte, c’est pas compliqué, cherchez bien. En gros, dans une sous-préfecture d’un de ces départements il y aura 10 départs en retraite de médecins généralistes au cours des 3 prochaines années….et personne pour les remplacer. Je ne vous parle que d’un endroit, ça s’étend sur le reste de ma région bien sûr et dans beaucoup de départements du territoire français. Et pourtant…

Pourtant, le doyen de la faculté nous l’a dit et il en est fier, très fier. La faculté de médecine de T. forme de bons médecins, de bons futurs généralistes…Bon il a aussi dit qu’il fallait travailler pour l’ECN pour "ne pas être médecin généraliste dans la Creuse", mais ça c’est une autre histoire de guerre de doyens.  Malgré ça, peu nombreux sont ceux qui ont découvert réellement la médecine générale (ça bouge lentement, mais 100% sera atteint en 2014-2015). La faculté nous forme bien c’est vrai. Monsieur le doyen nous a appris que 90% des diagnostics étaient posés à l’interrogatoire, il nous a appris l’importance de la sémiologie, de l’examen clinique, de la rigueur à avoir dans notre travail. Il nous a appris à être à l’écoute de nos malades, de nos patients, a avoir de l’empathie. Oui nous sommes formés ici pour être de bons médecins.

Malgré tout ça et le fait que notre région est en potentiel danger de se transformer en Sahara médical, nos étudiants qui sont de très bons médecins, quittent notre belle région. Il y a pourtant du travail, des paysages magnifiques, des produits locaux de qualité (un bon Vouvray, ou un Chinon, un Bourgueil peut-être? accompagné d’un Ste-Maure?)…Marisol Touraine a reçu des médecins généralistes blogueurs il y a un an pour discuter de l’avenir, de ce qui pourrait être mis en place pour ne pas être #PrivésDeDésert. Cela fait un an et si ça continue nous allons être #PrivésDeMG.

Et voici la reflexion des rangs grandissant de médecins blogueurs pour cet anniversaire : (à retrouver également sur #PrivésDeMG le blog pour plus de lisibilité, et lire les textes des autres signataires)

Médecine générale :

dernier arrêt avant le désert

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur tout le territoire ?

Certains d’entre nous avaient fait en 2012, un certain nombre de propositions dans le cadre de l’opération #PrivésDeDéserts.

Marisol Touraine présente ce lundi sa Stratégie nationale de santé. Cet évènement constitue l’occasion de nous rappeler à son bon souvenir, rappel motivé par l’extraordinaire enthousiasme qui avait accompagné nos propositions (voir plus bas les 600 commentaires) dont aucune n’a été reprise par la Ministre.

Nos idées sont concrètes et réalistes pour assurer l’avenir de la médecine générale et au-delà, des soins primaires de demain.

Notre objectif est de concilier des soins de qualité, l’éthique de notre profession, et les impératifs budgétaires actuels.

Voici une synthèse de ces propositions.

Sortir du modèle centré sur l’Hôpital

Depuis des décennies, l’exercice de la médecine ambulatoire est marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. La médecine hospitalière et salariée est devenue une norme pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice ambulatoire qu’ils n’ont jamais (ou si peu) rencontré pendant leurs études.

Cette anomalie explique en grande partie les difficultés actuelles. Si l’hôpital reste le lieu privilégié d’excellence, de recherche et de formation pour les soins hospitaliers, il ne peut revendiquer le monopole de la formation universitaire. La médecine générale, comme la médecine ambulatoire, doivent disposer d’unités de recherche et de formation universitaires spécifiques, là où nos métiers sont pratiqués, c’est-à-dire en ville et non à l’hôpital.

La formation universitaire actuelle, pratiquée quasi-exclusivement à l’hôpital, fabrique logiquement des hospitaliers. Pour sortir de ce cercle vicieux, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

Cette réforme aura un double effet :

Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice. Nous ne pouvons reprocher aux étudiants en médecine de ne pas choisir une spécialité qu’ils ne connaissent pas.

-  Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Toute mesure visant à obliger les jeunes médecins généralistes à s’installer en zone déficitaire aura un effet repoussoir majeur. Elle ne fera qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

Une véritable modernisation de la formation des médecins est nécessaire. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’opportunités manquées depuis 50 ans par méconnaissance de la réalité du terrain. Si la réforme Debré de 1958 a créé les CHU (Centres Hospitaliers et Universitaires), elle a négligé la création de pôles universitaires d’excellence, de recherche et de formation en médecine générale. Ces pôles existent dans d’autres pays, réputés pour la qualité et le coût modéré de leur système de soins.

Idées-forces

Les principales propositions des médecins généralistes blogueurs sont résumées ci-dessous. Elles sont applicables rapidement.

  • Enseignement de la Médecine Générale par des Médecins Généralistes, dès le début des études médicales
  • Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.
  • Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital :

Ces maisons de santé se voient attribuer un statut universitaire. Elles hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique (3000 créations de postes). Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

  • Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner :

Statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

  • Création d’un nouveau métier de la santé : “Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt” (AGI).

Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt. Les nouveaux postes d’AGI pourraient être pourvus grâce au reclassement des visiteurs médicaux qui le souhaiteraient, après l’interdiction de cette activité. Ces personnels trouveraient là un emploi plus utile et plus prestigieux que leur actuelle activité commerciale. Il s’agirait d’une solution humainement responsable. Il ne s’agit en aucun cas de jeter l’opprobre sur les personnes exerçant cette profession.

  • Les « chèques-emploi médecin »

Une solution innovante complémentaire à la création du métier d’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien). Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

Nos propositions et nos visions de l’avenir de la Médecine Générale, postées simultanément par l’ensemble des 86 participants, sur nos blogs et comptes Twitter, le 23 septembre 2013, sont des idées simples, réalistes et réalisables, et n’induisent pas de surcoût excessif pour les budgets sociaux.

L’ensemble des besoins de financement sur 15 ans ne dépasse pas ceux du Plan Cancer ou du Plan Alzheimer ; il nous semble que la démographie médicale est un objectif sanitaire d’une importance tout à fait comparable à celle de la lutte contre ces deux maladies.

Ce ne sont pas des augmentations d’honoraires que nous demandons, mais des réallocations de moyens et de ressources pour rendre son attractivité à l’exercice libéral.

Les participants à l’opération (Noms ou Pseudos Twitter) :

 

1.     Docteurmilie 2.     Dzb17 3.     Armance64
4.     Matt_Calafiore 5.     Docmam 6.     Bruitdessabots
7.     Ddupagne 8.     Souristine 9.     Yem
10.   Farfadoc 11.   SylvainASK 12.   Docteur Sachs Jr
13.   Méd Gé de L’Ouest 14.   Docteur Gécé 15.   DrKalee
16.   DrTib 17.   Gélule, MD 18.   DocAste
19.   DocBulle 20.   Docteur Selmer 21.   Dr Stephane
22.   Alice Redsparrow 23.   Docteur_V 24.   Dr_Foulard
25.   Kalindéa 26.   DocShadok 27.   Dr_Tiben
28.   Bismuth Philippe 29.   PerrucheG 30.   BaptouB
31.   Juste un Peu Sorcier 32.   Elliot Reid-like 33.   MimiRyudo
34.   SacroStNectaire 35.   DrGuignol 36.   DrLebagage
37.   Loubet Dominique 38.   CaraGK 39.   DocArnica
40.   Jaddo 41.   Acudoc49 42.   AnSo1359
43.   DocEmma 44.   DrPoilAGratter 45.   GrangeBlanche
46.   Docteur Pénurie 47.   Borée 48.   10Lunes
49.   Echocardioblog 50.   OpenBlueEyes 51.   nfkb
52.   Totomathon 53.   SophieSF 54.   SuperGélule
55.   BicheMKDE 56.   Knackie 57.   DocCapuche
58.   John Snow 59.   Babeth_Auxi 60.   Jax
61.   Zigmund 62.   DocAdrénaline 63.   DrNeurone
64.   Cris et chuchotements 65.   YannSud 66.   Nounoups
67.   MademoiselleAA 68.   Boutonnologue 69.   Françoise Soros
70.   Une pédiatre 71.   Heidi Nurse 72.   NBLorine
73.   Stockholm 74.   Qffwffq 75.   LullaSF
76.   DocteurBobo 77.   Martin Minos 78.   DocGamelle
79.   Dr Glop 80.   Ninou 81.   Martin Winckler
82.   UrgenTic 83.   Tamimi2213 84.   Doc L
85.   DrLaeti 86.   LBeu

 

Les commentaires de soutien de décembre 2012

Comment ne pas être ébranlé par les centaines de commentaires enthousiastes de jeunes médecins, de professionnels de santé ou de patients face à nos propositions ? Pourquoi ne pas aider les jeunes médecins à la fois à réaliser leurs rêves et à se mettre efficacement au service de la santé des Français ?

Les propositions de réforme de la médecine générale des 24 médecins blogueurs ont reçu plus de 1000 signatures de soutien.

650 signataires ont posté un commentaire :

  • À diffuser d’urgence aux politiques ! enfin des idées claires, réalistes, pour une autre façon de voir la médecine générale, merci pour ce beau travail !
  • Belle réflexion, félicitations à vous tous ! On ne peut que souhaiter que vous soyez lus "là-haut".
  • …Et en plus, ça me donne déjà envie d’y exercer !
  • Bravo, enfin une proposition constructive et adaptée à notre métier !
  • "Je rêvais d’un autre monde …." Merci à vous pour ces propositions qui me font croire que la médecine générale dont je rêve d’exercer pourrait exister un jour !
  • Bravo. Et merci d’avoir pris de votre temps pour mettre en forme toutes ces propositions.
  • C’est stimulant ! Est ce que nos dirigeants, tutelles etc.., cessant d’être sourds et aveugles pourraient lire ces propositions ?
  • Ce texte fait rêver ! En espérant que ce projet se concrétisera un jour…
  • Chiche ! On commence quand ?
  • Constat de départ tellement réaliste (si la formation des médecins & paramédicaux se fait exclusivement en hôpital donc en ville, il est très dur ensuite de leur faire sortir de leur vie).
  • Projet simple, clair et efficace. Pour avoir voulu lancer une idée de structure similaire, le coût de construction et fonctionnement est effectivement très réduit (inférieur à 1M€ avec tout les murs, le matériel, l’informatique & téléphonie).
  • En avant la Médecine Générale !!!
  • une jeune médecin généraliste remplaçante qui se sent pousser des ailes en lisant vos propositions :) Merci !
  • Enfin des propositions concrètes et réalistes ! Que le courage politique suive !
  • Enfin une réflexion de terrain aboutie ! Lire la suite

La valse des visiteurs

Je suis dans le Grenier de la France…autant vous dire que c’est pas brillant! Vous voyez votre grenier? Il est surement plein de

Le Grenier

Le Grenier

bordel…tellement que personne n’y va, c’est impossible de trouver quoique ce soit. Ici c’est un peu pareil. C’est difficile de trouver de quoi s’occuper, parfois c’est difficile de trouver un spécialiste. Bon y a ceux des villes plus grandes à 1h quand sur place on ne trouve pas ce qu’on veut.

Ou alors votre grenier ressemble au votre lors de votre aménagement. Le néant. Quelques toiles d’araignées, éventuellement 2-3 bricoles laissées par l’ancien propriétaire. Ca, c’est la démographie médicale dans le coin…et encore je vous parle pas des 10 généralistes qui vont partir à la retraite dans les 3ans et qui n’ont pas de remplaçant actuellement.

Et bien malgré tout ça, on assiste quand même à la valse des visiteurs médicaux.

J’arrive au cabinet du prat1, disons Dr Equin, plutôt j’arrive dans sa salle d’attente. J’attends la fin de sa consultation avant de pouvoir entrer dans son cabinet. Mais en salle d’attente, j’aperçois des têtes que je connais déjà. Je les connais, eux ne me reconnaissent pas, ou ne sont plus sûrs…mais ce sont des visiteurs médicaux. 3 oiseaux rares présents au même endroit, en train de se raconter les histoires de chasse avec les médecins de leurs secteurs. Et ils viennent de loin pour voir les docteurs des "bouseux" (comme on disait dans le temps). Un vient de région parisienne, un autre vient de la Sarthe et le dernier de la ville de Jeanne d’Arc. Soit les docteurs du coin sont très importants, soit les visiteurs s’emmerdent un peu.

Oh moi je m’en moque, je les aime bien. Bon on les a reçu rapidement pour qu’ils présentent leurs produits. Ce fut bref, les produits étaient connus. Il y en a même un qu’on a du agacé un peu avec nos réflexions sur ces produits, c’est un jeu que j’aime bien faire de temps en temps.

L’après-midi arrive, je fais un pause rapide casse-croute avant d’aller chez prat2, disons Dr Nipon. Au rez-de-chaussée, un visiteur médical, je ne l’ai jamais vu. A l’étage, un autre visiteur…tiens! c’en est un de ce matin. J’attends un peu la fin de la consultation de Dr Nipon avant d’entrer, alors je discute avec ledit visiteur. On parle pas de ces produits, mais du problème de démographie médicale avec le départ en retraite imminent dans le coin, les décès de médecins qui se multiplient, des études médicales…bref, on peut avoir des discussions sympa avec eux. Ah! C’est bon, je peux entrer dans le cabinet du Dr Nipon, on va commencer à bosser ensemble.

Quelques consultations plus tard, un nouvel arrivant. Un autre laboratoire, je le connais pas celui-là, comme quoi en 5mois on ne peut pas tous les connaitre. Bon on le fait entrer rapidement pour qu’il parle de 2-3 produits. Il est sympa, il a des produits intéressants, et pour une fois, il les présente vachement bien, très professionnel.

Donc au total, j’aurai vu 4 visiteurs différents en une journée, ça aurait pu être plus j’imagine. En soit, ca ne me gêne pas de les voir (j’entends déjà les cris des twittos et opposants aux visites des VM). Pour ma part, ça me fait pas de mal d’entendre parler de tel ou tel médicament/produit, d’avoir une petite démonstration de tel système pour l’asthme…Par exemple pour les pansements où niveau formation c’est pas la panacée, et bien c’est pas mal de voir certains types de pansements : "ah tiens, celui là on peut le mettre au niveau d’une articulation, c’est pas mal". Est-ce que ça changera ma pratique? je ne pense pas. J’ai appris à utiliser des produits anciens dont suite aux études, nous avons un recul suffisant, une bonne connaissance des effets indésirables et de leur efficacité. Les nouveaux médicaments, je m’en méfie un peu. Et puis, j’aime bien avoir un labo qui me parle d’un nouvel anticoagulant à qui je pourrai dire "qu’il n’y a pas d’antidote, peu de recul…", ou tel antihypertenseur qui me montre des courbes d’efficacité sur des objectifs tensionnels mais qui perd toute crédulité devant le manque d’efficacité prouvée sur la morbi-mortalité…

Alors oui, si cette profession existe, j’en recevrai peut-être un ou deux de temps en temps…au moins pour assister à leur valse.


L’effet d’une masse

On voit beaucoup de choses en médecine générale et c’est ce qui est passionnant dans cette spécialité. On voit beaucoup de rhume bien sûr, on fait pas mal de vaccination pour protéger nos patients, du suivi de diabète, des lombalgies…et parmi tous ces petits maux…

J’ai vu Lydie, une femme septagénaire, le caractère un peu dur qui me rappelle les percheronnes décrites dans certains bouquins (dont le passionnant Vie et souvenirs d’un médecin du Perche). Mais là pas d’accent percheron franc, ni une fermière (ou "bouseuse" qu’y disaient), mais une femme au caractère trempé avec un léger accent de notre douce campagne, cette campagne qui est le grenier de la France.

D’apparence Lydie est en forme mais elle se présente pour un mal de ventre, pour être plus précis, car il faut être précis dans ces descriptions cliniques, l’abdomen étant compartimenté en 9 segments chacun présentant des pathologies particulières ; donc pour être plus précis, en fosse iliaque droite. Tout de suite, les ALARMES retentissent !!!! Il faut penser à l’appendicite en premier lieu, l’urgence chirurgicale de ce quadrant. Mais là pas de défense, aucun signe en faveur, et peut-être que l’appendice a même déjà été retiré ma mémoire me jouant des tours.

Bon alors ça pourrait être une constipation, c’est quelque chose de bénin mais fréquent. Généralement la douleur est plutôt de l’autre côté, mais il faut penser à tout. Pas de trouble du transit décrit, mais ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup du "non j’y vais régulièrement, tout va bien" et qu’on se trouve en présence d’un colon entièrement plein. Là ce n’est pas ça non plus.

masseUne infection urinaire? Pas de signe fonctionnel urinaire, pas de fièvre…L’affaire semble compliquée. Une douleur projetée, oui mais projetée d’où?

Pour tout vous dire, je n’ai pas été très franc avec vous. Avant d’examiner son ventre, Lydie est passée sur la balance, elle avait perdue du poids, mais elle a attribué ça à un régime qu’elle a entrepris. A côté de ça son diabète s’est nettement amélioré avec une HbA1c passant de >11 à 8%. Bon, une perte de poids et un suivi de son traitement pourraient l’expliquer. Mais tout de même, revenons à la suite de notre examen clinique. Lydie est en surpoids, pas toujours facile de bien palper les organes internes. Le foie semble un peu gros, peu être un petit quelque chose mais rien de très concluant. Je décide de lui faire passer une échographie, rapidement, sans urgences mais rapidement (je veux savoir vindiou!).

Deux semaines passent, Lydie revient. Toujours cette bonne santé apparente. Elle s’assoit, me présente une échographie, puis un scanner abdominal fait en complément. Lydie a déjà lu les comptes-rendus, et ceux-ci sont explicites, c’est marqué noir sur blanc. Allez je ne vous dis pas, pas tout de suite. Avant vous allez donc apprendre que Lydie a toujours ses douleurs, qu’elles la réveillent la nuit, ce qui n’était pas le cas avant. Elle n’a pas faim, ça a du mal à passer. Au niveau de l’examen clinique, pas grand chose de plus que la dernière fois…ah si! on sent peut être une petite masse au niveau du foie, mais je vous l’ai dit elle présente un surpoids et c’est pas toujours évident.

Les comptes-rendu d’imagerie son explicites. Il y a une masse de 4cm au niveau du corps pancréatique, et aussi plusieurs nodules hépatiques dont un d’environ 10cm. Donc oui il y avait probablement une masse palpable au niveau hépatique. Il s’agit donc probablement d’un cancer du pancréas avec des métastases hépatiques, pas de compression des canaux biliaires, ce qui explique que Lydie ne soit pas toute jaune.

Lydie a compris bien avant de venir qu’elle avait un cancer, c’était écrit noir sur blanc. Elle en a parlé à son mari. Elle a du mal à exprimer des émotions, pourtant je sens que c’est là pas loin de la surface. On prend les choses en main, elle va voir un gastroentérologue demain.

Ce n’est pas une mince affaire, et pour Lydie comme pour nous cela fait l’effet d’une masse.


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