Tabasser le tabac

Nombreux sont les sujets d’actualité en ce début d’année 2014, dont le plan Cancer. Et dans ce plan Cancer, une grande part de discussion et de débat radiophonique se pose sur la lutte contre le tabagisme. On y parle d’augmentation du prix du tabac, qui à elle seule n’est pas une mesure suffisante, on y parle de la parité homme/femme (Youpi !!! enfin youpi si ce n’était pas sur ce sujet), d’images chocs qui ne marchent pas non plus, du fait qu’il faut mettre le prix dans la dépense pour la prévention.

Tout ça est bien beau. Je vois des patients fumeurs qui viennent pour pneumothorax, des patients de 60-70 ans qui viennent pour une détresse respiratoire qui décompense  une BPCO, des patients de 50 ans à qui on découvre un cancer du poumon parfois métastasé ce qui baisse considérablement l’espérance de vie de ces derniers. Toutes ces pathologies pourraient vous faire réfléchir, mais pour la plupart la question ne se pose pas. L’arrêt du tabac ne semble pas être une option, et ça me révolte.

Je ne vous parle pas de ces patients qui empestent le tabac à tel point que j’ai l’impression de me prendre un paquet dans les bronches à chaque inspiration à leur côté. Autant vous dire que mon examen clinique se fait le plus bref possible tout en restant exhaustif. Ah ça racle la gorge c’est affreux! Et mon job c’est de les aider à mieux respirer, à passer le cap. Alors que je sais très bien que dans quelques jours, ils retourneront à leur train-train la clope au bec, détruisant tous mes efforts de quelques heures.

Je vous ai déjà dit que ma « vocation » de médecin a du naitre dans mon enfance? Mon grand-père avec qui je passais des moments merveilleux, des balades, des constructions de maquettes d’avion, les jardins de Versailles…tout ça a disparu la veille de mes 14 ans. A cause de quoi? Le tabac bien sûr, une bonne odeur de pipe, mais le cancer toucherait un fumeur sur deux…en voilà un. Et puis 2013 est passée par là. Elle a emporté de nombreux membres de la famille, des cousins de ma mère que je ne connaissais pas mais pas seulement. 2013 a aussi eu mon oncle, un fumeur invétéré. On avait beau lui dire qu’il fumait trop, qu’il faudrait qu’il arrête…rien n’y a fait. « Il a joué, il a perdu ».

Le pire, c’est qu’on voit nos proches diminuer petit à petit, jusqu’à ce que la gène respiratoire soit trop importante. Chaque inspiration devient un enfer pour eux. On pourrait croire qu’on se prépare mentalement petit à petit. On se cache dans le boulot, on a tellement à faire, tellement de gens à soigner qu’on ne prend même pas le temps de pleurer leur mort. Jusqu’à la cérémonie, sur le repos de garde. Le manque de sommeil, la route et la surcharge de travail pour ne pas penser, en cumulé j’ai pleuré comme une madeleine.

Je suis médecin, mais infichu de réussir à empêcher mes proches de se tuer à petit feu. Qui sont ces magiciens, ces addictologues qui arrivent parfois à des miracles? Comment voulez-vous que j’arrive à tabasser le tabac?

Aidez-nous, aidez-vous ! Arrêtez de fumer ou aidez vos proches à arrêter, ça évitera de longues journées de souffrance.

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