Quand dire « Stop »?

Cette semaine aux urgences, j’ai à nouveau rencontrer une situation face à laquelle chaque praticien ou professionnel de santé est exposé un jour. Après 6 mois de pédiatrie où cette situation se pose heureusement moins souvent, il faut dire que ça fait quand même quelque chose.

J’ai reçu Josette 90 ans, adressée par son médecin traitant pour une désaturation à 70% dans un contexte de fièvre. Elle vit dans une maison de retraite tenue par des religieuses. Josette est consciente mais reste mutique sur son brancard. Elle est toute maigre, comme beaucoup de personnes de cet âge.

Elle tire à peine, mais peine à respirer. On est à la limite du balancement thoraco-abdominal. L’auscultation rapporte des crépitants du champ pulmonaire droit. Pas de signe d’insuffisance cardiaque par ailleurs. Le sein droit est brûlé par la radiothérapie. Josette est déshydratée, le pli de sa peau reste suspendu dans le vide avant de redescendre doucement pour retrouver sa place.

On lui met de l’oxygène, mais la saturation ne s’améliore pas beaucoup. On atteint le 85% à peine. Les jambes sont marbrées. Bon, on fait les gaz du sang, le bilan et des hémoc avant de balancer des antibiotiques et de remplir. Les résultats vont avec l’examen clinique : la radio montre une pneumopathie droite, les gaz une hypoxémie et une hypercapnie. Bon pas une hypercapnie trop importante, on n’en est pas au point d’être dans le coma. On se donne un peu de temps pour voir comment ça évolue.

Mais très vite, la décision se pose. Il ne sera pas possible de poursuivre des soins curatifs. Josette est en train de nous quitter, ça peut être une histoire d’heure ou de 2 jours. J’appelle Marc, son fils. Il arrivait justement. Je lui explique que l’état de sa maman est critique, que nous ne pourrons pas faire beaucoup. Nous ferons tout ce qu’il faut pour qu’elle ne souffre pas. Marc comprend bien, il est d’accord. Tout ce qu’il veut c’est que sa mère ne souffre pas.

Josette est installée dans une chambre seule, à côté des urgences. Marc reste près d’elle. Ce n’est qu’une question d’heure avant que Josette ne nous quitte. J’ai revu Marc le lendemain matin, ému bien sûr, mais soulagé d’avoir pu accompagné sa mère, soulagé qu’elle soit partie sans douleur, paisiblement.

Tous les praticiens se posent ou poseront un jour la question : quand doit-on arrêter les soins curatifs? Cette décision n’est jamais facile à prendre. La discussion entre professionnels est importante, celle avec la famille est primordiale. La question de la fin de vie active est un autre débat, je n’en parlerai pas cette fois.

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