Le DUMG m’a tué

Les études de médecine sont longues, tout le monde le sait. Mais là, la fac m’a tué. arg

On passe sur le prix des inscriptions universitaires : on paie plus qu’avant parce qu’on a un vrai salaire, admettons. Mais pour seulement 8 jours max de formation par an, c’est un peu cher payé. Bien sûr, nous avons du travail à faire à la maison. Le DUMG (département universitaire de médecine générale) nous demande d’écrire des récits de situations complexes authentiques. L’idée n’est pas mauvaise, on doit rédiger une histoire vécue qui nous a posé problème. Bien sûr, plus l’histoire est romancée, mieux est reçue notre production. Si nous n’avons pas l’âme d’un Victor Hugo ou d’un Dostoïevski, nous sommes perdus. Le lecteur de ces courts récits doit voir le personnage : cette petite mamie de 83 ans à qui on rend visite, le teint grisâtre marqué par des années de travail dans la terre, à supporter sans broncher la violence de son fils après avoir subi les années de service auprès de son mari, elle qui est sur sa chaise en bois près de la cheminée, un châle en laine violette autour du cou, sa jupe écossaise et son pull bleu marine…Ca, c’est la première partie du travail, encore faut-il trouver une situation qui soit jugée intéressante par le sacro-saint DUMG, ce peuple de médecin qui a tout pouvoir. Ensuite sur cette situation, il faut trouver des questions sur ce qui a posé problème bien sûr. De ces questions, une question doit ressortir qui servira de base pour une recherche documentaire. Bien sûr, tout le monde se dit que c’est facile. La recherche ne se base pas sur une pathologie mais sur un problème complexe d’une situation médico-psycho-sociale. Plus le travail est complexe et plus il est censé être apprécié. Il faut du temps pour rédiger un tel travail, plusieurs heures de travail.

Ce n’est qu’une partie des travaux à effectuer. Il faut aussi rédiger des traces d’apprentissage. Le principe est assez similaire mais la situation est plus courte.

Et puis, il y a la thèse. Bon, c’est intéressant, on choisit notre sujet. Ca demande du travail, pas mal de travail : de la recherche bibliographique, trouver le type d’étude qu’on va réaliser (quantitatif/qualitatif?), le recueil de données, leur analyse, la rédaction de la thèse, l’exposition devant un jury. Le tout pour le Graal : notre titre de Docteur en médecine. Enfin!

Mais en attendant, je m’oriente vers une voie qui n’est pas tout à fait du gout du DUMG. L’internat de médecine générale peut s’orienter secondairement vers une autre spécialité, via un DESC. Bien sûr, je comprends : il faut des médecins généralistes, ils sont là pour nous former et sur leur quota une poignée d’internes s’oriente vers un autre chemin. Je ne dénigre pas ma formation initiale, la médecine générale est un très beau travail, et je resterai toujours je l’espère dans l’optique d’un travail main dans la main avec mes collègues avec qui j’ai partagé tant d’années, et ce pour le bien de nos patients. Mais voilà, le DUMG reste prudent comme toujours, il ne faut pas oublier de valider la maquette du DES de médecine générale (ça, j’allai pas l’oublier). Mais quand produire ces traces d’apprentissage?

Comme beaucoup d’internes, on ne compte pas les heures, et pourtant. En aout, j’ai fait une semaine de 90h, puis 72h, avant de revenir à un rythme calme de 48h. Quand on a un jeune fils à s’occuper, passer du temps avec sa compagne, faire un peu de sport pour s’évader l’esprit, avec les obligations de service, je vois difficilement quand faire tout ce travail. Et c’est le problème pour tout le monde. Le gouvernement doit respecter le temps de travail européen, il travaille dessus, nos syndicats d’interne également. Je vois difficilement comment tout ça peut être mis en place, la journée de formation hebdomadaire n’est pas respectée, nous passons notre temps à l’hôpital. Si les internes deviennent moins présents à l’hôpital pour permettre de faire leur travail de formation universitaire, comment feront les services qui dépendent de cette main d’oeuvre?

La fac, l’état demandent beaucoup aux internes, il leur est pourtant difficile de mener plusieurs vies en même temps.

Publicités

3 responses to “Le DUMG m’a tué

  • Chevallier

    Bonjour dr guignol
    Arrêtez de vous plaindre et comprenez ce que l on vous demande. Vous parlez d hôpital alors que vous êtes en DES de médecine générale . Ce n est pas le DUMG qui vous tue c est votre propre vision et votre allégeance au monde hospitalier et ce n est pas pareil car l on n y voit pas les mêmes patients ni les raisonnements cliniques.
    Je vous renvoie simplement au carré de White, a la loi de répartition des cas Et a une excellente thèse Présentée et soutenue publiquement le 4 juin 2013 par Marie-Alice BOUSQUET Née le 22/03/1986 à Saintes
     » Concepts en médecine générale : tentative de rédaction d’un corpus théorique propre à la discipline  » que vous pouvez télécharger sur le site de la SFMG.org
    Je vous prie de croire cher confrère a l expression de mes sentiments amicaux
    Dr maimonide

    • drguignol

      Vous avez raison ce n’est pas le DUMG qui nous tue, c’est le système. Quand à mon « allégeance » au monde hospitalier, ce n’est pas par choix qu’on fait plus de 90h certaines semaines, il faut bien « remplacer » les PH. Et pour la patientèle actuelle, elle correspond bien à celle vue en médecine générale. Les patients de ma région (ou du moins du département où je me trouve) ne sont pas éduqués et viennent aux urgences pédiatriques comme chez leur médecin traitant. Je fais donc 98% de mon activité actuelle comme un médecin généraliste (avec plus de moyen immédiat sous la main si besoin certes). Laissez-moi me plaindre, je n’ai aucune influence, ce que j’écris n’est qu’un point de vue personnel à un instant t et je n’ai pas la prétention de tout comprendre aux rouages de la médecine et du système qui nous entoure. Alors si quelques lignes peuvent me soulager, je ne fais de tort à personne et certainement pas à la médecin générale que je défends auprès de tous les étudiants et patients…je ne suis pas le monstre que vous croyez.

      • Chevallier

        Cher jeune confrère

        Non vous n êtes pas un monstre, juste un jeune être en formation qui souffre en ce moment du poids des contraintes hospitalières et d une soumission a l autorité excessive ( voir expérience de millgram) Passez votre thèse tout simplement et vous serez LIBRE ! De couper ce cordon ombilical qui vous entrave.
        Ensuite …. Libre de vous plaindre a nouveau du système, des patients des confrères ou de changer votre vision en agissant librement et en recherchant des pairs qui travaillent ensembles a l avenir de notre SPÉCIALITÉ en construction contre vents et marées parce qu ils ont une vision claire de leur fonction et de leur compétences et un brin de folie , de gaieté et foi en l être humain.
        Recherchez sur internet le serment de maimonide et lisez le.
        Je vous prie de croire cher confrère a l expression de mes sentiments amicaux.
        Dr maimonide

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s