Un petit air de médecin de famille

Voilà 4 mois que je suis en stage de niveau 1 chez des médecins généralistes, 3 médecins, des modes d’exercice similaires et pourtant différents. Pour ceux qui se demandent en quoi consistent ces stages (pour les patients passant par là ou les futurs internes), je vais vous éclairer. Les internes de médecine générale font un stage pratique de 6 mois chez le généraliste (peut-être votre médecin) où ils ont une phase d’observation, puis ils auront de plus en plus de champ libre pour exercer et finalement pratiquer des consultations supervisées par leurs maitres de stage.

Dès le début, j’ai eu la chance de faire certains jours des consultations en « autonomie », un peu comme dans un stage de niveau 2. Le niveau 2 est un deuxième stage réalisé chez le généraliste (peut-être toujours votre médecin) mais où l’interne est seul face au patient, comme s’il remplaçait ou était votre médecin. Le maitre de stage étant non loin de là en cas de besoin et discutant avec l’interne des consultations qu’il a eu dans la journée.

Et c’est au cours de ces journées, très riches pour ma formation, que j’ai pleinement perçu ce rôle de médecin de famille. Je vois les patients qui ne pouvaient pas attendre une autre date pour avoir rendez-vous ( puisqu’il faut être disponible immédiatement de nos jours ). Mais je vois aussi des gens qui ont pris leur rendez-vous en avance, ils savent que je suis le stagiaire du docteur…ça n’a pas l’air de gêner les patients que j’ausculte, on m’appelle même « Docteur », c’est vous dire le sérieux de ces consultations et la confiance qu’ils m’accordent. Certains sont des patients du maître de stage chez qui j’ai mes consultations, certains me connaissent de fait. D’autres sont des patients de ses collaborateurs et enfin certains sont des patients de confrères partis en congé, ou qui ne travaillent pas ce jour là, et comme la maladie ne prend que rarement des vacances elle… Bref je suis là avec quelques créneaux. J’aime bien les voir ces patients, ils sont contents de trouver quelqu’un, je les rassure du mieux possible, je leur donne un diagnostic tant que possible (parfois il faut attendre de faire quelques examens), je leur prescrits un traitement et leur explique la conduite à tenir pour revoir leur médecin traitant à distance pour un contrôle si besoin. Je pratique ce pour quoi je suis formé tout en poursuivant ma formation, de toute façon, nous sommes en permanence en formation pour le bien de nos patients.

Et puis il y a Joseph. Joseph est un patient d’un autre de mes maitres de stage, le Docteur J. Je l’ai déjà vu, lui et sa compagne, ensemble ou individuellement, dans un des autres cabinets. La relation n’était pas la même, il y avait cette relation triangulaire : les patients (Joseph et sa compagne) – mon maitre de stage – et moi. Il était déjà venu nous voir pour parler des soucis qu’il avait au travail. Cela faisait 30 ans qu’il bossait au même endroit, il travaillait bien, faisant même plus qu’il ne fallait, et puis, comme souvent, il y eut un changement au niveau d’un de ses supérieurs et depuis ça n’allait plus. Oh ce n’est pas juste Joseph qui avait un problème avec, c’est souvent le cas malheureusement, le nouveau chef n’avait pas nécessairement les compétences qu’il fallait pour son poste ou alors il ne voulait pas se retrouver dans ce petit bled perdu en campagne (ça reste une sous-préfecture quand même). Bref, ça n’allait plus trop, Joseph était solide mais là s’en était trop.

La dernière fois, le Docteur J et moi l’avions surtout écouté, c’est bête à dire mais parfois les patients viennent se confier à leur médecin traitant et c’est ce qui leur fait le plus grand bien, pouvoir se confier à quelqu’un qui n’ira pas crier tout ça sur tous les toits (le secret professionnel qu’on appelle ça). Alors on donne des conseils, on essaie de trouver des solutions ensemble, au moins trouver des pistes, on écoute, et souvent cela suffit.

Je vois donc Joseph qui est venu avec sa compagne quelques semaines plus tard. C’était un après-midi où son médecin était absent. Joseph savait peut être que j’avais des créneaux dans ce cabinet ce jour là…Quoiqu’il en soit, il était là. Je l’avais reconnu sans pouvoir mettre de nom sur son visage (c’est une difficulté que je dois résoudre à l’avenir je le sais). Il s’est assis, nous avons discuté. Il m’a rappelé un peu ses soucis au travail. Ça avançait doucement, il avait mené ça aux Prud’hommes, l’affaire serait traitée dans quelques semaines. Il avait le soutien de ses collègues parce que comme je vous l’ai déjà dit, il n’était pas le seul à subir son nouveau chef. Bref là, ça n’allait plus, il avait du mal à dormir. Je l’ai écouté, nous avons discuté un peu sur son travail, l’affaire, ce que tout ça représentait pour lui. Je l’ai examiné également, le strict minimum me direz-vous. Et puis il est reparti avec une ordonnance d’anxiolytiques pour l’aider à dormir, pas des grosses doses, de toute façon il ne veut pas en prendre tout le temps et il a bien raison. J’ouvre la porte, on se serre la main avec un « bon courage pour la suite et vous pourrez me revoir chez le Docteur J pour refaire le point ». Joseph est parti plus souriant qu’à son arrivée et comme dit le Docteur J justement dans ces circonstances de syndrome anxio-dépressif « il est parti avec le sourire, c’est une consultation réussie! ».

J’ai revu Joseph quelques semaines plus tard chez le Docteur J en consultation supervisée. Joseph était content de me voir, il a souri dès son entrée en consultation en me disant qu’il se rappelait de moi, m’appelant par mon prénom (bah oui les jeunes docteur, on a le droit à « Docteur » parfois mais souvent « futur docteur » ou notre prénom) prouvant que notre dernière consultation ensemble avait eu un sens. Il nous a parlé de son boulot, ça allait mieux, il s’était expliqué avec son chef, devant les autres gars aussi, leurs rapports étaient toujours un peu tendus mais ils se disaient les choses en face. Au niveau du sommeil, mon traitement avait bien marché, il l’avait même diminué voire arrêté, il lui en restait encore. J’ai expliqué au Docteur J que je l’avais vu en consultation au cabinet du Docteur M, ce que j’avais prescrit etc…Le Docteur J rassura également Joseph, lui disant que je lui avais prescrit un bon médicament et qu’il aurait prescrit la même chose. Bref, ça allait mieux et Joseph venait cette fois pour le suivi de ses pathologies et le renouvellement de ses ordonnances. Il est reparti en me disant à la prochaine, enfin si je ne suis pas parti d’ici là.

 

Et c’est ce genre d’histoire, de patient que j’ai revu 4 ou 5 fois si ce n’est plus, qui m’enchante et m’encourage dans la voie de médecin généraliste, tout en gardant un côté humaniste qui fait qu’il restera peut-être, demain encore, quelques médecins de famille.

#PrivésDeMG

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