Double je

Garde aux urgences, le compteur se stabilise mais refuse de descendre. Les box peuvent recevoir tout le monde pour le moment, certains restent libres et une partie des patients rentreront chez eux dans quelques heures. Ton nom apparait sur l’écran : Josiane!

Pour le moment les infos sont limitées. Tu as une cinquantaine d’année, tu viens pour intoxication médicamenteuse. Ton cas est bien sûr pris au sérieux, on t’installe dans le secteur des patients à surveiller.

Je viens te voir, juste après quelques recommandations du chef histoire d’être sûr de faire ce qu’il faut pour ne rien louper de grave et ne pas perdre de temps. Il t’a aperçu, ton état n’a pas l’air très préoccupant.

Josiane, je me présente à toi, tu connais le système et tu me redemandes si je suis externe ou interne. En fait, la réponse a l’air de t’importer peu. Tes antécédents on les a déjà de tes précédents séjours mais je te les redemande. Bien sûr, tu ne me parles pas du mal qui te ronge depuis des années déjà et qui t’a poussé à prendre ces comprimés.

Tu étais fatiguée, triste. Ton ami est parti avec une autre femme. Ça t’a fichu un sacré coup, tu voulais en finir, tu as pris des médicaments. Plus que ce qui n’est autorisé, mais pas énormément non plus. Et heureusement, pas de mélange, ni le plus dangereux de ceux que tu avais sous la main.

Je t’examine, tu vas bien, rien d’anormal. Je cherche des signes d’atteinte cardiaque, des troubles du rythme mais rien de particulier de ce côté là non plus. Tu es bien éveillée et tu me dis que tu ne veux plus te suicider, que ça va. En réalité, on sait tous les deux que ça reviendra surement ces idées noires. On te garde pour te surveiller, et avoir l’avis des psychiatres.

Au cours de la nuit, tu nous montres l’autre face de ton mal. Tu es bien éveillée, hyperactive, ta face maniaque refait surface. Tu gênes un peu le travail de l’équipe soignante, mais tu penses bien faire. Tu me dragues un petit peu, mais moi aussi j’ai du travail (sans parler de ma vie personnelle). Tu déambules en nous montrant des dessins, en venant nous chercher toutes les 3minutes, pour aller fumer, discuter, parce que tu es toujours comme ça avec l’équipe de psychiatrie, jusqu’à ce qu’une infirmière se fâche, un peu agacée.

Je te quitte le matin alors que toi, Josiane, tu vas rester un petit peu, le temps que le psychiatre te voit et comme tu vas bien, tu pourras rentrer chez toi avec ton mal. Ce mal avec lequel tu dois vivre tous les jours, sans savoir malgré tes traitements si demain tu seras au sommet ou dans le creux de la vague.

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