Exaspérant Garfield

Tout patient doit être traité comme un autre, sans discrimination aucune. Le riche et le pauvre doivent être suivis à la même enseigne, de manière égale. Tout cela est parfois difficile à réaliser mais il ne tient qu’à nous de faire en sorte que les soins soient accessibles à tous.

Mais il arrive pour chaque professionnel d’avoir un ras le bol, un type de patient qui nous agace. C’est viscéral, on n’y peut rien. La retenue est de mise, jusqu’à un certain point où on ne peut s’empêcher de vouloir secouer notre patient pour qu’il se réveille et se reprenne en main. Parmi mes collègues, ce sont les patients tabagiques qui les insupportent : par l’odeur du tabac persistante, leur consommation abusive malgré les conséquences bien connues, ou la rage de voir des jeunes de 23ans succomber à un cancer broncho-pulmonaire? Pour d’autres ce sont les patients obèses : le laisser-aller, le défaitisme vis-à-vis de ce poids qui n’arrive pas à baisser, cet homme qui vit dans un fauteuil dont il ne peut plus sortir et qui s’urine dessus? Nul ne saurait vraiment pourquoi, d’ailleurs ce n’est pas une raison qui les agace ses collègues, c’est la résultante d’un mélange désagréable.

Tout ça pour en venir à M.Garfield. Monsieur Garfield m’exaspère! Il a 55ans environ, est diabétique de type 2 depuis 18ans (diabète connu par son MG depuis 5ans). Alors certes, M.Garfield n’est pas d’origine française, il a pu être suivi ailleurs antérieurement, mais ça n’explique pas la suite. Il parle français, le comprend même, mais fait mine de ne pas tout comprendre. Il « parle l’anglais » voyez vous, il a beaucoup voyagé dans sa vie.

Son médecin traitant l’a mis sous insuline. En fait, il nous l’envoie parce qu’il n’arrive pas vraiment à équilibrer son diabète, avec une HbA1c>10% sur au moins les 4 derniers contrôles sanguins. Et ça se comprend! M.Garfield arrive sans son carnet de surveillance glycémique, il n’a pas fait son insuline lente la veille de son hospitalisation, d’ailleurs il l’a fait un peu quand il veut. Il dit être fatigué, moi aussi avec 3g/l de glycémie je ne me sentirai pas bien.

Les infirmières, qui sont habituées aux patients diabétiques, lui réexpliquent l’importance des glycémies capillaires, de faire son insuline à heure fixe…mon interne, moi, et le chef aussi lors de la visite, lui réexpliquons plusieurs fois. Il dit avoir compris. Il n’est pas méchant, il comprend quand on prend le temps de lui expliquer, avec des mots simples. Et tant qu’il est là, aussi courte que puisse être son hospitalisation, on fait le bilan des complications, comme pour tous les autres patients.

Entre deux examens, la nonchalance de M.Garfield fait des siennes. Les examens sont rapprochés, pas le temps de faire n’importe quoi. C’est le message fort de cette hospitalisation, NE PAS FAIRE N’IMPORTE QUOI. Il vient de terminer un examen, le prochain est dans 30min et les brancardiers ne vont pas tarder à venir le chercher. Il vient nous demander s’il peut aller fumer avant son épreuve d’effort. Bien évidemment, c’est un non catégorique avec comme consigne supplémentaire d’attendre dans sa chambre pour attendre les brancardiers qui seront là dans quelques minutes. Il fait mine de se résigner à nos ordres. Mais voilà, quand les brancardiers viennent le patient est introuvable, descendu fumer. Tout le monde perd du temps et il remonte plus tard mine de rien. Dans l’après-midi, il fait son second gag. Quoi de plus normal que de ramener des jus de fruits et d’en faire profiter toute la chambre? C’est pas important de prendre autant de sucre.

Evidemment, il a déjà de nombreuses complications de son diabète. Les yeux sont atteints, et sévèrement même. Les pieds sont peu soignés. La sensibilité est altérée. Les reins commencent à fatiguer. Mais tout ça n’a pas l’air de l’inquiéter. Nous lui avons proposé une aide supplémentaire, une IDE aurait pu passer à son domicile pour faire les injections d’insuline, au moins au début pour qu’il soit plus confiant. Il a refusé, il assure qu’il fera le nécessaire.

Aujourd’hui je me pose plusieurs questions. Ira-t-il vraiment à son rdv de consultation d’éducation thérapeutique qui a été avancé avant qu’il ne parte à l’étranger? Comment ne pas être exaspéré devant ce type de patient qui nous empêche de bosser correctement pour son propre bien? Bref que faire face à nos Garfield?

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2 responses to “Exaspérant Garfield

  • Yem

    Si tu t’es assuré à plusieurs reprise qu’il a bien compris les risques de son comportement,alors cela est peut être un choix? Qu’en disent les psychologues, est-il dans le déni ou souhaite-t-il vivre comme il l’entend avant tout? Si sa philosophie est limpide, alors le savoir pourrait aider les soignants à lâcher là où ils n’ont pas de prise….

  • drguignol

    Je t’avoue qu’il n’était hospitalisé que 3jours. Je pense que s’il vient comme prévu à sa consultation d’éducation thérapeutique, ce sera un bon début. Il ne va pas voir son médecin traitant de façon régulière. Un médecin parlant sa langue maternelle serait probablement le mieux pour lui.

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