Pas de lit à l’hopital

La vie d’un médecin est remplie de moments intenses. De joie, en donnant la vie, en soignant ses malades ou simplement en écoutant ses patients. Mais il arrive tôt ou tard le moment où le médecin est confronté à l’inévitable.

Garde d’urgences adultes dans un CHR fin de D4 :

La garde a commencé depuis peu, j’ai déjà vu un malade ou deux et j’attends des résultats pour eux et l’occasion de présenter le dernier patient que j’ai vu à ma chef de secteur. Celle-ci est sur le cas d’une patiente au déchoc et par définition, c’est sérieux! Chef-secteur arrive à mon niveau
« Tu as déjà vu des marbrures? »
Etant là pour apprendre le plus possible et ne pouvant rien faire d’autre sans son avis, je la suis dans le box du déchoc où se trouve Mme V. Effectivement, la dame est marbrée de partout. La fréquence cardiaque est élevée, la tension également mais le pouls est difficile à percevoir, les chiffres sont surement faux.

L’histoire est assez sombre, Mme V. A un cancer digestif de mauvais pronostic pour lequel elle a eu une intervention chirurgicale récemment. Elle fait un choc, l’origine est difficile à mettre en évidence, cardiogénique/septique/les deux? Pas d’hémorragie extériorisée, on fait un gaz du sang mais échec en radial, chef-secteur le fait en fémoral. On fait des hémoc, on remplit Mme V., bref on gère l’urgence tant qu’on peut.

Mme V. dit qu’elle a froid, elle dit aussi à l’infirmière qu’elle lui fait penser à sa mère (elle pourrait éventuellement être sa fille)…ça ne va pas, ça ne sent pas bon cette histoire. On appelle le mari de Mme V. pour lui dire que c’est sérieux, qu’il serait bon de venir, qu’on essaie de la soulager, de la rendre la plus confortable possible.

Pendant ses soins, on appelle les services de l’hopital pour trouver un lit. Mais les places sont rares et chères! Pour une personne en fin de vie, une chambre seule est préférable à une chambre double…encore plus rare. Il y a bien un lit de disponible normalement, un patient est décédé dans un des services plus tôt, l’interne avait été faire le constat de décès. Appel de chef-secteur qui se prend la tête avec son interlocuteur, l’un ne peut/veut pas prendre la patiente, l’autre refuse de laisser cette femme finir sa vie sur un brancard aux urgences. La lutte est vaine.

Pas de lit à l’hopital. Et ce quelque soit l’hopital, au CHR ou au CHU ce n’est pas la première fois que je suis confronté au manque de lit dans l’hopital et à la thrombose engendrée aux urgences, mais il faut voir les malades et les soigner, du mieux qu’on peut dans ces conditions. J’ai continué de voir d’autres patients.

Mme V., elle, est morte aux urgences sur un brancard, sans avoir le droit au confort d’un lit.

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